Introduction to the Devout LifeChapter XXXVI. That we must keep our mind just and reasonable

St Francis de Sales († 1622) · Introduction à la vie dévote · 1609

Chapter XXXVI. That we must keep our mind just and reasonable

It is reason alone that makes us men, and yet it is a rare thing to find men truly reasonable; because self-love ordinarily puts us out of the paths of reason, leading us insensibly to a thousand small, yet dangerous, injustices and partialities; which, like the little foxes spoken of in the Canticles, destroy the vines; for, because they are little, we take no notice of them; but, being great in number, they fail not to injure us considerably.

Are not the things of which I am about to speak unjust and unreasonable? We condemn every trifle in our neighbors, and excuse ourselves in things of importance; we want to sell very dearly and to buy very cheaply; we desire that justice should be executed in another man’s house, but mercy and connivance in our own; we would have everything we say taken in good part, but we are delicate and touchy with regard to what others say of us; we would insist on our neighbor parting with his goods, and taking our money; but is it not more reasonable that he should keep his goods, and leave us our money? We take it ill that he will not accommodate us; but has he not more reason to be offended that we should desire to incommode him? =

If we love one particular exercise we despise all others, and set ourselves against everything that is not according to our own taste. If there be any of our inferiors who is not agreeable, or to whom we have taken once a dislike, we find fault with all that he does, and we cease not on every occasion to mortify him. On the contrary, if the conduct of any one be agreeable to us, he can do nothing that we are not willing to excuse. There are some virtuous children, whom their parents can scarcely abide to see, on account of some bodily imperfections; and there are others that are vicious, who are favorites, on account of some corporal gracefulness. On all occasions we prefer the rich before the poor, although they be neither of better condition, nor more virtuous we even prefer those who are best clad. We rigorously exact our own dues, but we desire that others should be gentle in demanding theirs; we keep our own rank with precision, but would have others humble and condescending; we complain easily of our neighbor, but none must complain of us; what we do for others seems always very considerable, but what others do for us seems as nothing. In a word, we are like the partridges in Paphlagonia, which have two hearts; for we have one heart, mild, favorable, and courteous towards ourselves, and another hard, severe, and rigorous towards our neighbor. We have two balances; one to weigh out to our own advantage, and the other to weigh in to the detriment of our neighbor. “Deceitful lips,” says the Scripture, Ps. xi. 3, “have spoken with a double heart,” viz., two hearts; and to have two weights, the one greater, with which we receive, and the other less, with which we deliver out, is an abominable thing in the sight of God. Deut. xxv. 13.

Philothea, in order to perform all your actions with equity and justice, you must exchange situations with your neighbor; imagine yourself the seller whilst you are buying, and the buyer whilst you are selling; and thus you will sell and buy according to justice and equity; for, although small injustices, which exceed not the limits of rigor, in selling to our advantage, may not oblige to restitution; yet being defects contrary to reason and charity, we are certainly obliged to correct and amend them; at best, they are nothing but mere illusions; for, believe me, a man of a generous, just, and courteous disposition is never on the losing side. Neglect not, then, Philothea, frequently to examine whether your heart be such with respect to your neighbor as you would desire his to be with respect to you, were you in his situation; for this is the touchstone of true reason. Trajan, being blamed by his confidants for making the imperial majesty, as they thought, too accessible, said. “Ought I not to be such an emperor towards private men as I would desire an emperor to be towards me were I myself a private man?”

Nous ne sommes hommes que par la raison, et c'est pourtant une chose rare de trouver des hommes vraiment raisonnables, l'amour-propre nous troublant presque toujours l'esprit, et nous conduisant à mille sortes de petites mais très-dangereuses injustices, qui ressemblent beaucoup à ces petits renardeaux dont il est parlé dans le Cantique: car, parce qu'ils sont petits, on n'y prend pas garde; mais parce qu'ils sont en quantité, ils ne laissent pas de nuire beaucoup, et de faire un grand dégât dans les vignes.

Vous allez juger, Philothée, si les traits que je vais vous citer ne sont pas autant d'injustices et de déraisons? Nous accusons le prochain pour de petites choses, et nous nous excusons nos fautes les plus grossières; nous voulons vendre fort cher, et acheter bon marché; nous voulons qu'on fasse justice des autres, et que pour nous l'on use de miséricorde et de clémence; nous voulons que l'on prenne nos paroles en bonne part, et nous sommes chatouilleux à l'excès pour celles des autres; nous voudrions que notre voisin nous cédât son bien en le payant, et n'est-il pas plus juste qu'il le garde, si bon lui semble, en nous laissant notre argent? nous lui savons mauvais gré de ce qu'il ne veut pas nous accommoder, et n'a-t-il pas bien plus raison de se plaindre que nous le voulons incommoder?

Si nous affectionnons un exercice, nous méprisons tout le reste, et contrôlons tout ce qui ne vient pas à notre goût. S'il y a quelqu'un de nos inférieurs qui n'ait pas bonne grâce, ou que nous ayons pris une fois en aversion, quoi qu'il fasse, nous le trouvons mauvais; nous ne cessons de le contrister, et sommes toujours à le quereller. Au contraire, si quelqu'un nous plaît par ses manières extérieures, il ne fait rien que nous n'excusions. Il y a des enfans vertueux que leurs pères et mères ne peuvent presque pas voir, à cause de quelque imperfection corporelle; et il y en a de vicieux qui sont les favoris à cause qu'ils ont bonne mine. En tout nous préférons les riches aux pauvres, quoiqu'ils ne soient ni de meilleure condition, ni si vertueux: nous préférons même les mieux vêtus. Nous exigeons nos droits en toute rigueur, et nous voulons que les autres soient désintéressés quand il s'agit des leurs; nous sommes pointilleux à garder notre rang, et nous voulons que les autres soient humbles et condescendans; nous nous plaignons volontiers du prochain, et nous ne voulons pas que personne se plaigne de nous; nous estimons beaucoup ce que nous faisons pour autrui, et nous comptons pour rien tout ce qu'on fait pour nous. Bref, nous sommes comme les perdrix de Paphlagonie, qui ont deux cœurs; car nous en avons un doux, gracieux et indulgent pour nous-mêmes; et un autre dur, sévère et rigoureux pour le prochain. Nous avons deux poids: l'un pour peser nos intérêts avec le plus d'avantage que nous pouvons, et l'autre pour peser les intérêts d'autrui avec le plus de désavantage possible. Or, parler ainsi avec un cœur et un cœur, comme dit l'Ecriture, c'est-à-dire avoir deux cœurs, et avoir deux poids, l'un fort pour recevoir, et l'autre foible pour délivrer, c'est une chose abominable devant Dieu.

En toutes vos actions, Philothée, soyez égale et juste. Mettez-vous toujours en la place du prochain, et mettez-le en la vôtre, et comme cela vous jugerez bien. Supposez-vous vendeuse quand vous achetez, et acheteuse quand vous vendez, et vous vendrez et achèterez justement.

Toutes ces injustices sont petites et n'obligent pas à restitution, parce que je suppose que nous demeurons seulement dans les termes de la rigueur en ce qui nous est favorable; mais elles nous obligent au moins à nous amender, parce que ce sont de grands défauts de raison et de charité, et qu'au bout de cela se trouvent presque toujours de vraies tricheries. D'ailleurs on ne perd jamais rien à vivre généreusement, noblement, courtoisement, et avec un cœur loyal, juste et raisonnable. Souvenez-vous donc, Philothée, d'examiner souvent votre cœur, pour voir s'il est pour le prochain ce que vous voudriez que le sien fût pour vous, en supposant que vous fussiez en sa place; car voilà le point de la vraie et droite raison. Trajan étant repris par ses confidens de ce qu'il rendoit, à leur avis, la majesté impériale trop accessible: Quoi donc, leur dit-il, ne dois-je pas être empereur pour mes sujets, comme je voudrois que fût l'empereur si j'étois sujet moi-même?

“from the French of St. Francis de Sales, to which is prefixed an abstract of his life”, New York and Ratisbon: Frederick Pustet & Co., [192-]. Digital text: Internet Archive scan introductiontode00franuoft (University of Toronto), read with three OCR engines and corrected; a few misreadings may remain. Original text: Project Gutenberg eBook #53540 (Distributed Proofreaders, from a Google Books scan). Public domain in the US and Canada: an anonymous translation printed in the 1920s from an older version; the French edition is of 1832.

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