AAS 33 (1941), p. 207
sociales, Léon XIII adressa an monde son message. Non qu'il entendît
fixer des règles sur le terrain purement pratique, technique peut-on dire,
de l'organisation sociale; car il le savait bien et c'était évident, et Notre
prédécesseur de s. m. Pie XI le déclarait de nouveau il y a dix ans dans
son Encyclique commémorative Quadragesimo anno, l'Eglise ne s'attri
bue pas une telle mission. Dans le monde du travail, pour le développe
ment dans une saine responsabilité de toutes les énergies physiques et
spirituelles des individus, pour leurs libres organisations, s'ouvre un
vaste champ d'action multiforme, dans lequel les pouvoirs publics in
terviennent èn intégrant et ordonnant, d'abord par le moyen des corpo
rations locales et professionnelles, et enfin par la puissance de l'Etat
lui-même, dont l'autorité sociale, supérieure et modératrice, a l'impor
tante mission de prévenir les troubles de l'équilibre économique résultant
de la multiplicité et des conflits des égoïsmes opposés, individuels et
collectifs.
Incontestable en revanche est la compétence de l'Eglise dans cette
part de l'ordre social qui entre en contact avec la morale, pour juger si
les bases d'une organisation sociale donnée sont conformes à l'ordre
immuable des choses que Dieu a manifesté par le droit naturel et la ré
vélation, double manifestation dont se réclame Léon XIII dans son En
cyclique. Et avec raison : les principes du droit naturel et les vérités
révélées viennent, en effet, par des voies diverses, comme deux courants
non contraires, mais convergents, de la même source divine; et l'Eglise,
gardienne de l'ordre surnaturel chrétien, dans lequel s'unissent nature
et grâce, a la mission de former les consciences, les consciences donc
aussi de ceux qui sont appelés à trouver des solutions pour les problèmes
et les devoirs imposés par la vie sociale. De la forme donnée à la société,
en harmonie ou non avec les lois divines, dépend et s'infiltre le bien ou le
mal des âmes, c'est-à-dire, si les hommes, appelés tous à être vivifiés par
la grâce du Christ, respireront dans les contingences terrestres du cours
de leur vie, l'air sain et vivifiant de la vérité et des vertus morales, ou le
microbe morbide et souvent mortel de l'erreur et de la dépravation. De
vant de telles considérations et prévisions, comment pourrait-il être
permis à l'Eglise, Mère si aimante et si soucieuse du bien de ses fils, de
rester indifférente à la vue de leurs dangers, de se taire, ou de faire comme
si elle ne voyait pas et né comprenait pas des conditions sociales qui,
volontairement ou non, rendent ardue ou pratiquement impossible une
conduite chrétienne, conforme aux commandements du Souverain Lé
gislateur?
Conscient d'une si grave responsabilité, Léon XIII, en adressant au
fixer des règles sur le terrain purement pratique, technique peut-on dire,
de l'organisation sociale; car il le savait bien et c'était évident, et Notre
prédécesseur de s. m. Pie XI le déclarait de nouveau il y a dix ans dans
son Encyclique commémorative Quadragesimo anno, l'Eglise ne s'attri
bue pas une telle mission. Dans le monde du travail, pour le développe
ment dans une saine responsabilité de toutes les énergies physiques et
spirituelles des individus, pour leurs libres organisations, s'ouvre un
vaste champ d'action multiforme, dans lequel les pouvoirs publics in
terviennent èn intégrant et ordonnant, d'abord par le moyen des corpo
rations locales et professionnelles, et enfin par la puissance de l'Etat
lui-même, dont l'autorité sociale, supérieure et modératrice, a l'impor
tante mission de prévenir les troubles de l'équilibre économique résultant
de la multiplicité et des conflits des égoïsmes opposés, individuels et
collectifs.
Incontestable en revanche est la compétence de l'Eglise dans cette
part de l'ordre social qui entre en contact avec la morale, pour juger si
les bases d'une organisation sociale donnée sont conformes à l'ordre
immuable des choses que Dieu a manifesté par le droit naturel et la ré
vélation, double manifestation dont se réclame Léon XIII dans son En
cyclique. Et avec raison : les principes du droit naturel et les vérités
révélées viennent, en effet, par des voies diverses, comme deux courants
non contraires, mais convergents, de la même source divine; et l'Eglise,
gardienne de l'ordre surnaturel chrétien, dans lequel s'unissent nature
et grâce, a la mission de former les consciences, les consciences donc
aussi de ceux qui sont appelés à trouver des solutions pour les problèmes
et les devoirs imposés par la vie sociale. De la forme donnée à la société,
en harmonie ou non avec les lois divines, dépend et s'infiltre le bien ou le
mal des âmes, c'est-à-dire, si les hommes, appelés tous à être vivifiés par
la grâce du Christ, respireront dans les contingences terrestres du cours
de leur vie, l'air sain et vivifiant de la vérité et des vertus morales, ou le
microbe morbide et souvent mortel de l'erreur et de la dépravation. De
vant de telles considérations et prévisions, comment pourrait-il être
permis à l'Eglise, Mère si aimante et si soucieuse du bien de ses fils, de
rester indifférente à la vue de leurs dangers, de se taire, ou de faire comme
si elle ne voyait pas et né comprenait pas des conditions sociales qui,
volontairement ou non, rendent ardue ou pratiquement impossible une
conduite chrétienne, conforme aux commandements du Souverain Lé
gislateur?
Conscient d'une si grave responsabilité, Léon XIII, en adressant au