AAS 33 (1941), p. 214

montagnes et ses plateaux couverts de neige et de glaces éternelles, avec
ses grands déserts et ses terres inhospitalières et stériles, ne manque
cependant pas de régions et de lieux propres à la vie, abandonnés au
caprice d'une végétation spontanée, alors qu'ils s'adapteraient bien à
être cultivés par la main de l'homme, à ses besoins et aux activités de
la civilisation; et plus d'une fois il est inévitable que certaines familles,
émigrant d'ici ou de là, cherchent ailleurs une nouvelle patrie. Alors,
selon l'enseignement de la Rerum novarum, joue le droit de la famille
à un espace vital. Là où il en sera ainsi, l'émigration atteindra son but
naturel, comme souvent le confirme l'expérience, Nous voulons dire une
distribution meilleure des hommes sur la surface terrestre apte à la co­
lonisation agricole. Si des deux côtés, et ceux qui permettent de quitter
le sol natal, et ceux qui reçoivent les nouveaux venus, continuent à avoir
soin loyalement d'éliminer tout ce qui pourrait empêcher la naissance
et le développement d'une vraie confiance entre le Pays d'émigration
et le Pays d'immigration, tous tireront avantage d'un tel changement
de lieu et de personnes : les familles recevront une terre qui sera pour
elles terre paternelle, patrie dans le vrai sens du mot; les terres à popu­
lation dense seront soulagées et leurs peuples se créeront de nouveaux
amis en territoire étranger; les Etats enfin qui accueillent les émigrants
s'enrichiront en citoyens laborieux. Ainsi les Nations qui donnent et les
Etats qui reçoivent contribueront à l'envi à l'accroissement du bien-être
humain et au progrès de la civilisation humaine.

Tels sont, chers fils, les principes, les conceptions et les normes par
lesquels Nous voudrions dès maintenant coopérer à la future organisa­
tion de cet ordre nouveau que le monde attend de la terrible fermenta­
tion des luttes présentes, qu'il souhaite de voir naître et apaiser les
peuples dans la paix et la justice. Pour Nous, que nous restë-t-il à faire,
sinon, selon l'esprit de Léon XIII et selon les nobles intentions de ses
enseignements, de vous exhorter à poursuivre et développer l'œuvre que
vos frères et vos sœurs de la génération précédente ont fondée d'un
cœur si courageux? Ne laissez pas au milieu de vous s'éteindre ou s'af­
faiblir la voix des deux Pontifes dans leurs Encycliques sociales, cette
voix qui marque si bien aux croyants, dans la régénération surnaturelle
de l'humanité, leur devoir moral de coopérer au rétablissement de l'ordre
dans la société et spécialement dans la vie économique, poussant à l'ac­
tion non moins ceux qui participent à cette vie que l'Etat lui-même.
N'est-ce pas là un devoir sacré pour tout chrétien? Ne vous laissez pas,
chers fils, déconcerter par les difficultés extérieures, ni décourager par

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