AAS 42 (1950), p. 486

juridique, économique, un juste espace vital répondant, fût-ce dans une
mesure modeste, mais tout au moins suffisante, aux exigences de la
dignité humaine.

Arrière les préoccupations égoïstes de nationalités et de classes, qui
puissent gêner le moins du monde une action loyalement entreprise et
vigoureusement menée, dans la conspiration de toutes les forces et de
toutes les possibilités sur toute la surface du globe, dans le concours de
toutes les initiatives et de tous les efforts des individus et des groupes
particuliers, dans la collaboration universelle des peuples et 'des Etats,
chacun apportant sa contribution respective de richesses : en matières
premières, en capitaux, en main d'oeuvre. Enfin, tous les participants de
cet effort commun doivent apprécier le secours que lui apporte l'Eglise.

Le voilà la grand problème social, celui qui se dresse à la croisée des
chemins à l'heure présente! Qu'on l'achemine vers une solution favorable,
fût-ce aux dépens d'intérêts matériels, au prix de sacrifices de tous les
membres de la grande famille humaine : c'est ainsi qu'on éliminera un
des facteurs les plus préoccupants de la situation internationale, celui
qui, plus qu'aucun autre, alimente aujourd'hui la ruineuse « guerre
froide », et menace de faire éclater, incomparablement plus désastreuse,
la guerre chaude, la guerre brûlante.
Bien attardé se montrerait quiconque, dans les vieux pays d'industrie,
penserait que, aujourd'hui, comme il y a un siècle ou même seulement un
demi siècle, il ne s'agit que d'assurer à l'ouvrier salarié, dégagé des
liens féodaux ou patriarcaux, outre la liberté de droit, celle aussi de
fait. Pareille conception manifesterait la complète méconnaissance du
nœud de la situation actuelle. Voilà déjà des dizaines d'années que, dans
la plupart de ces pays, et souvent sous l'influence décisive du mouvement
social catholique, s'est formée une politique sociale, marquée par une
évolution progressive du droit du travail et, corrélativement, par l'assujettissement
du propriétaire privé, disposant des moyens de production,
à des obligations juridiques en faveur dé l'ouvrier. Qui veut pousser
plus avant la politique sociale dans cette même direction, heurte contre
une limite, c'est-à-dire, là où surgit le danger que la classe ouvrière
suive à son tour les errements du capital, qui consistaient à soustraire,
principalement dans les très grandes entreprises, la disposition des
moyens de production à la responsabilité personnelle du propriétaire
privé (individu ou société) pour la transférer sous la responsabilité de
formes anonymes collectives.

Une mentalité socialiste s'accommoderait fort bien d'une telle situation.
Celle-ci ne serait pourtant pas sans donner de l'inquiétude à qui

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