AAS 32 (1940), p. 551

le moment si obscurs, brille encore devant Notre pensée l'image de cette
France catholique qui, à la grotte de Massabielle, priait si dévotement
avec Nous la Reine de la Paix, alors que montaient déjà sur l'horizon
de l'Europe les signes des futures tempêtes;
L'image de cette France, avec laquelle, dans le sanctuaire de Lisieux,
il Nous fut donné de vivre des heures dé haute édification spirituelle;
L'image de cette France à qui, sous les voûtes de Notre Dame, d'un
«œur aimant, mais soucieux, Nous lançâmes Notre cri : Orate, fratres —
Amate, fratres — Vigilate, fratres.
Aujourd'hui, Monsieur l'Ambassadeur, cette France, dont vous êtes
le digne représentant, est vêtue de deuil. Frappée d'une épreuve comme
il s'en rencontre peu dans l'histoire mouvementée des peuples, la Nation
française, pensant à son antique grandeur, contemple dans la tristesse
ses campagnes dévastées, ses fils tombés, ses citoyens éloignés de leurs
demeures, ses enfants prisonniers, tristesse encore augmentée par les
incertitudes de l'avenir.
Mais, si profonde que puisse être cette douleur de la France, sous
ses vêtements de deuil bat un cœur fort, dont la volonté de vivre ne
s'éteindra pas.
Nous voulons espérer que tous ceux a qui est échue la mission de
dominer le présent et de jeter les bases spirituelles et matérielles de
l'avenir, sauront développer dans l'ordre et la concorde les richesses
d'énergie et de sentiment enracinées au plus profond de l'âme des peuples,
et profiter du cours des événements pour fixer aux nations un but
digne du dévouement et des sacrifices de leurs citoyens et, par là, capable
d'éliminer les ombres et les inquiétudes qui font obstacle à un vrai accord
des pensées et des volontés.
De tout cœur, Nous souhaitons à votre pays — au milieu de ses
épreuves actuelles — cette force morale qu'une profonde parole de l'antique
sagesse romaine définissait la « scientia rerum perferendarum vel
adiectio animi in patiendo ac perferendo summae legi parens sine timore
» (Cicerón, Tusculanes, IV, 24).
Puisse à cette vertu naturelle se joindre l'invincible énergie de l'espérance
surnaturelle qui sait la puissance et la fidélité de la Providence
divine, aux dispositions de laquelle aucun peuple ne se confie en vain !
Elle est d'un des plus grands parmi les fils que la France a donnés
au monde et à l'Eglise, Bernard de Clairvaux, cette parole bien digne
d'un saint et d'un héros : « Vinces, spem tuam in Deo fortiter Agendo et
rei finem longanimiter exspectando » (Epist. XXXII, Migne, PL., 182,
col. 137).

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