AAS 33 (1941), p. 208

monde son Encyclique, montrait à la conscience chrétienne les erreurs
et les dangers des conceptions d'un socialisme matérialiste, les funestes
conséquences d'un libéralisme économique, souvent inconscient, ou ou­
blieux, ou dédaigneux des devoirs sociaux; et il exposait avec une magis­
trale clarté et une admirable précision les principes aptes à améliorer
graduellement et pacifiquement les conditions matérielles et spirituelles
de l'ouvrier.
Que si aujourd'hui, chers fils, cinquante ans après la publication de
l'Encyclique, vous Nous demandez jusqu'à quel point et dans quelle
mesure l'efficacité de sa parole a répondu aux nobles intentions, aux
pensées riches de vérité, aux directions bienfaisantes conçues et sug­
gérées par le sage Auteur, Nous croyons devoir répondre : c'est préci­
sément afin de rendre à Dieu Tout-puissant, du fond de Notre âme,
d'humbles actions de grâces pour le don accordé il y a cinquante ans
à l'Eglise avec cette Encyclique de son Vicaire ici-bas, et pour le louer
du souffle de l'Esprit régénérateur qui par elle s'est répandu dépuis lors
et n'a cessé de croître sur l'humanité entière, que Nous, en cette solen­
nité de Pentecôte, Nous sommes proposé de vous adresser Notre parole.
Déjà Notre Prédécesseur Pie XI, dans la première partie de son En­
cyclique commémorative, a exalté la splendide moisson, qu'a fait mûrir
la Rerum novarum, germe fécond, d'où s'est développée une doctrine
sociale catholique qui offrît aux fils de l'Eglise, prêtres et laïques, le
plan et les moyens d'une féconde reconstruction sociale ; en sorte que
c'est elle qui a fait surgir sur le terrain catholique des institutions
bienfaisantes, nombreuses et variées, et des centres florissants d'aide
mutuelle pour soi et pour les autres. Quelle prospérité matérielle et
naturelle, quels fruits spirituels et surnaturels, les ouvriers et leurs
familles n'ont-ils pas trouvés dans les unions catholiques! Combien ef­
ficace et répondant aux besoins ne s'est pas montrée la contribution des
Syndicats et des Associations en faveur des classes agricoles et moyen­
nes, pour en soulager les misères, en assurer la juste défense, et ainsi,
en calmant les passions, mettre la paix sociale à l'abri des troubles.
Et ce ne fut pas là le seul gain. L'Encyclique Rerum novarum, en
allant au peuple pour l'embrasser avec estime et amour, a pénétré dans
les esprits et les cœurs de la classe ouvrière et y a mis un sentiment de
dignité chrétienne et civile; à tel point, qu'avec les cours des ans, l'active
puissance de son influence a pris un tel développement et une telle éten­
due que les normes posées par elle sont devenues le patrimoine quasi
commun de la famille humaine. Tandis que l'Etat, au dix-neuvième siè­
cle, par superstition de liberté, considérait comme son unique but de

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