AAS 33 (1941), p. 215

les obstacles naissant du paganisme croissant de la vie publique. Ne vous
laissez pas induire en erreur par les fabricants de théories fausses et
malsaines, tristes courants qui entraînent non à l'accroissement, mais
à la désagrégation et à la corruption de la vie religieuse; courants qui
prétendent que, la rédemption appartenant à l'ordre de la grâce surna­
turelle et étant par suite oeuvre exclusive de Dieu, elle n'a pas besoin
de notre coopération sur cette terre. Oh déplorable inintelligence de
l'œuvre de Dieu! Dicentes enim se esse sapientes, stulti facti sunt.3
Comme si le premier effet de la grâce n'était pas de soutenir nos sincè­
res efforts pour remplir chaque jour les commandements de Dieu, et
comme individus, et comme membres de la société. Comme si depuis
deux mille ans ne vivait pas et ne persévérait pas dans l'âme de l'Eglise
le sentiment de la responsabilité collective de tous pour tous, ce senti­
ment qui a poussé et pousse encore les âmes jusqu'à l'héroïsme chari­
table des moines agriculteurs, des libérateurs d'esclaves, des guéris­
seurs de malades, des messagers de foi, de civilisation et de science à
toutes les générations et à tous les peuples, en vue de créer des condi­
tions sociales qui n'ont de valeur que pour rendre à tous possible et
aisée une vie digne de l'homme et du chrétien. Vous, conscients et con­
vaincus de cette responsabilité sacrée, ne vous contentez jamais, au fond
de votre âme, d'une médiocrité générale des conditions publiques, dans
laquelle la masse des hommes ne puisse, sinon par des actes de vertu
héroïques, observer les divins commandements, inviolables toujours et
dans tous les cas.
Si entre les projets et les réalisations apparaît parfois une dispro­
portion évidente; s'il y a eu des fautes, comme du reste en toute activité
humaine; s'il y a eu des divergences de vues sur la voie suivie ou à sui­
vre, rien de tout cela ne doit vous faire perdre courage, ou ralentir votre
marche, ou provoquer plaintes et reproches; rien ne peut nous faire ou­
blier le fait consolant que, du providentiel message du Pape de la Re­
rum novarum, a surgi, vive et limpide, une source d'esprit social fort,
sincère, désintéressé; une source qui peut bien aujourd'hui se trouver
en partie recouverte par une avalanche d'événements divers plus forts
qu'elle, mais qui demain, lorsque seront déblayées les ruines de cet oura­
gan mondial et qué commencera le travail de reconstruction en vue d'un
nouvel ordre social qu'on souhaite digne de Dieu et de l'homme, alors
infusera un nouvel et vigoureux élan, une nouvelle exubérance de sève,
à toute la floraison de civilisation humaine. Gardez la noble flamme de

3 Rom , I, 22.

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