AAS 40 (1948), p. 47

vitons les savants catholiques à étudier ces problèmes sans parti-pris, à
la lumière d'une saine critique et des résultats des autres sciences intéressées
dans ces matières, et une telle étude établira sans doute la grande
part et la profonde influence de Moïse comme auteur et comme législateur.

La question des formes littéraires des onze premiers chapitres de la
Genèse est bien plus obscure et complexe. Ces formes littéraires ne répondent
à aucune de nos catégories classiques et ne peuvent pas être
jugées à la lumière des genres littéraires gréco-latins ou modernes. On
ne peut donc en nier ni affirmer l'historicité en bloc sans leur appliquer
indûment les normes d'un genre littéraire sous lequel ils ne peuvent pas
être classés. Si l'on s'accorde à ne pas voir dans ces chapitres de l'his
toire au sens classique et moderne, on doit avouer aussi que les données
scientifiques actuelles ne permettent pas de donner une solution positive
à tous les problèmes qu'ils posent. Le premier devoir qui incombe ici à
l'exégèse scientifique consiste tout d'abord dans l'étude attentive de tous
les problèmes littéraires, scientifiques, historiques, culturels et reli
gieux connexes avec ces chapitres; il faudrait ensuite examiner de près
les procédés littéraires des anciens peuples orientaux, leur psychologie,
leur manière de s'exprimer et leur notion même de la vérité historique ;
il faudrait, en un mot, rassembler sans préjugés tout le matériel des
sciences paléontologique et historique, épigraphique et littéraire. C'est
ainsi seulement qu'on peut espérer voir plus clair dans la vraie nature
de certains récits des premiers chapitres de la Genèse. Déclarer à priori
que leurs récits ne contiennent pas de l'histoire au sens moderne du mot,
laisserait facilement entendre qu'ils n'en contiennent en aucun sens,
tandis qu'ils relatent en un langage simple et figuré, adapté aux intelligences
d'une humanité moins développée, les vérités fondamentales
présupposées à l'économie du salut, en même temps que la description
populaire des origines du genre humain et du peuple élu. En attendant
il faut pratiquer la patience qui est prudence et sagesse de la vie. C'est
ce que le Saint-Père inculque également dans l'Encyclique déjà citée :
« Personne, dit-il, ne doit s'étonner qu'on n'ait pas encore tiré au clair,
ni résolu toutes les difficultés... U ne faut pas, pour autant, perdre courage,
ni oublier que dans les disciplines humaines il ne peut en être
autrement que dans la nature, où ce qui commence croît peu à peu, où
les fruits ne se recueillent qu'après de longs travaux... On peut donc
espérer que (ces difficultés), qui aujourd'hui paraissent les plus compii-

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