AAS 41 (1949), p. 284
que l'intérêt est commun, pourquoi ne pourrait-il pas se traduire dans
mne expression commune? pourquoi ne serait-il pas légitime d'attribuer
aux ouvriers une juste part de responsabilité dans la constitution et
le développement de l'économie nationale? Aujourd'hui surtout que la
pénurie des capitaux, la difficulté des échanges internationaux paralysent
le libre jeu des dépenses de la production nationale. Les récents
essais de socialisation n'ont fait que mettre en plus claire évidence cette
pénible réalité. Elle est un fait : ni la mauvaise volonté des uns ne
Fa créé, ni la bonne volonté des autres ne réussira à l'éliminer. Mais
alors, pourquoi, quand il est encore temps, ne pas mettre les choses
au point, dans la pleine conscience de la commune responsabilité, en
sorte d'assurer les uns contre d'injustes défiances, les autres contre
des illusions qui ne tarderaient pas à devenir un péril social?
Cette communauté d'intérêt et de responsabilité dans l'œuvre de
l'économie nationale, Notre inoubliable Prédécesseur Pie XI en avait
suggéré la formule concrète et opportune lorsque, dans son Encyclique
« Quadragesimo anno », il recommandait « l'organisation professionnelle
» dans les diverses branches de la production. Rien, en effet, ne
lui semblait plus propre à triompher du libéralisme économique que
l'établissement, pour l'économie sociale, d'un statut de droit public
fondé précisément sur la communauté de responsabilité entre tous ceux
qui prennent part à la production. Ce point de l'Encyclique fut l'objet
d'une levée de boucliers ; les uns y voyaient une concession aux courants
politiques modernes, les autres un retour au M oyen-Age. Il eût été incomparablement
plus sage de déposer les vieux préjugés inconsistants
et de se mettre de bonne foi et de bon cœur à la réalisation de la chose
elle-même et de ses multiples applications pratiques.
Mais, à présent, cette partie de l'Encyclique semble presque nous
fournir malheureusement un exemple de ces occasions opportunes qu'on
laisse échapper, faute de les saisir à temps. Après coup, on s'évertue à
élaborer d'autres formes d'organisation juridique publique de l'économie
sociale et, pour le moment, la faveur va de préférence à l'étatisation
et à la nationalisation des entreprises. Il n'est pas douteux que
l'Eglise aussi — dans certaines justes limites — admet l'étatisation et
juge (( que l'on peut légitimement réserver aux pouvoirs publics certaines
catégories de biens, ceux-là qui présentent une telle puissance, qu'on ne
saurait, sans mettre en péril le bien commun, les abandonner aux mains
des particuliers y). Mais faire de cette étatisation comme la règle nor-1
1 Encycl. Quadragesimo anno, A. A. S., vol. XXIII, 1931, p. 214.
mne expression commune? pourquoi ne serait-il pas légitime d'attribuer
aux ouvriers une juste part de responsabilité dans la constitution et
le développement de l'économie nationale? Aujourd'hui surtout que la
pénurie des capitaux, la difficulté des échanges internationaux paralysent
le libre jeu des dépenses de la production nationale. Les récents
essais de socialisation n'ont fait que mettre en plus claire évidence cette
pénible réalité. Elle est un fait : ni la mauvaise volonté des uns ne
Fa créé, ni la bonne volonté des autres ne réussira à l'éliminer. Mais
alors, pourquoi, quand il est encore temps, ne pas mettre les choses
au point, dans la pleine conscience de la commune responsabilité, en
sorte d'assurer les uns contre d'injustes défiances, les autres contre
des illusions qui ne tarderaient pas à devenir un péril social?
Cette communauté d'intérêt et de responsabilité dans l'œuvre de
l'économie nationale, Notre inoubliable Prédécesseur Pie XI en avait
suggéré la formule concrète et opportune lorsque, dans son Encyclique
« Quadragesimo anno », il recommandait « l'organisation professionnelle
» dans les diverses branches de la production. Rien, en effet, ne
lui semblait plus propre à triompher du libéralisme économique que
l'établissement, pour l'économie sociale, d'un statut de droit public
fondé précisément sur la communauté de responsabilité entre tous ceux
qui prennent part à la production. Ce point de l'Encyclique fut l'objet
d'une levée de boucliers ; les uns y voyaient une concession aux courants
politiques modernes, les autres un retour au M oyen-Age. Il eût été incomparablement
plus sage de déposer les vieux préjugés inconsistants
et de se mettre de bonne foi et de bon cœur à la réalisation de la chose
elle-même et de ses multiples applications pratiques.
Mais, à présent, cette partie de l'Encyclique semble presque nous
fournir malheureusement un exemple de ces occasions opportunes qu'on
laisse échapper, faute de les saisir à temps. Après coup, on s'évertue à
élaborer d'autres formes d'organisation juridique publique de l'économie
sociale et, pour le moment, la faveur va de préférence à l'étatisation
et à la nationalisation des entreprises. Il n'est pas douteux que
l'Eglise aussi — dans certaines justes limites — admet l'étatisation et
juge (( que l'on peut légitimement réserver aux pouvoirs publics certaines
catégories de biens, ceux-là qui présentent une telle puissance, qu'on ne
saurait, sans mettre en péril le bien commun, les abandonner aux mains
des particuliers y). Mais faire de cette étatisation comme la règle nor-1
1 Encycl. Quadragesimo anno, A. A. S., vol. XXIII, 1931, p. 214.